L’AJM en pointe pour l’adhésion de l’Ukraine à l’Union

Olivier Védrine

Ukraine

6 juillet 2022


« l’Appel de Kyiv » est publié le jour du déclenchement de l’agression de l’Ukraine par la Russie.

Ukraine
l’Appel de Kyiv

L’AJM en pointe

pour l’adhésion de l’Ukraine à l’Union

Olivier Védrine, Administrateur de l’AJM, a publié « l’Appel de Kyiv » le 24 février 2022, le jour du déclenchement de l’agression de l’Ukraine par la Russie.
Cet Appel lance le processus d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne.
Henri Malosse, ancien président de l’AJM, a accompagné ce processus depuis les débuts.

Tous deux nous expliquent la genèse de leur travail et les conséquences de la décision prise, le 23 juin 2022, par l’Union d’accepter la candidature de l’Ukraine comme futur membre.

Entretien

par Pascal Junghans

Association Jean-Monnet : Quel est le sens de « l’Appel de Kyiv » ?

Olivier Védrine : Je vivais à Kyiv depuis plusieurs années et travaillais également avec l’opposition russe à Poutine. J’ai participé à la révolution de Maidan (NDR : La révolution de Maidan, nom de la place centrale de Kyiv, s’est déroulée entre le 18 et le 23 février 2014 et a abouti à la constitution d’un gouvernement pro-européen). Avant le déclenchement de l’agression russe, je sentais bien les risques de guerre alors que personne n’y croyait. J’avais publié une analyse des différents scenarios d’agression le 2 février 2022. Je sentais aussi la très forte demande d’Europe de la part des Ukrainiens.
Alors, le 21 févier 2022, j’ai publié dans le Kyiv Post, « l’Appel de Kyiv », souhaitant que l’Union se montre digne de Jean Monnet, qui appelait au renforcement de l’Europe avec les peuples. « L’Appel de Kyiv » demandait que s’engage sans délais le processus d’adhésion de l’Ukraine à l’Union. Le 24 février 2022, cet appel a été publié par la Tribune de Genève.
Il a eu tout de suite un grand retentissement dans les cercles éclairés de l’Union et en Ukraine. Des députés de la Rada (NDR : l’Assemblée nationale ukrainienne) ont partagé l’Appel qui est ensuite parvenu à la Présidence. Volodymyr Zelenski, le Président ukrainien, a ensuite repris un certain nombre de points de l’Appel dans ses discours.

Henri Malosse : L’agression russe n’a pas débuté en 2022. La guerre a commencé dés 2014 et à fait plus de 15 ooo morts des deux côtés. Il fallait réagir. Et la solution européenne était une évidence pour l’Ukraine.
Son adhésion, dans le cadre de la souveraineté européenne, que nous avons porté, avec Philippe Laurette, dès 2008, devait être la perspective principale pour ce pays.
Olivier Védrine et moi avons été aux premières loges de la révolte de Maïdan en 2013/2014 et avons tous les deux été décorés du prestigieux ordre de Saint Vladimir pour notre appui au peuple ukrainien – Là est notre légitimité!

O.V. : En effet. L’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN est un casus belli pour la Russie. Il nous faut bien reconnaitre les réalités géopolitiques. Donner un statut de candidat à l’Ukraine donne un souffle, un espoir énorme, au peuple ukrainien sans représenter une provocation pour Poutine.

AJM : quel sera le parcours de l’Ukraine dans sa possible intégration à l’Union ?

O.V. : Ce statut de candidat n’est pas un blanc-seing, il doit s’accompagner d’une réelle volonté politique de la part du gouvernement ukrainien.
Cela passe par de profondes réformes. Et d’abord la lutte contre la corruption. Nous savons bien que les Oligarques ukrainiens voudront ralentir le processus, signe de leur perte de pouvoir politique et économique. Mais le peuple veut accélérer. La révolution de Maidan, qui était le fait de la société civile, avait déjà des exigences anti-corruption. C’est le peuple qui doit avoir raison.
Nous, européens, devons le soutenir. Le second apprentissage est celui de la démocratie que l’Ukraine a peu connu. Il faudra donc que le pays fasse de considérables efforts, ne plus avoir de candidats aux élections systématiquement présentés par des Oligarques, travailler à l’égalité entre les hommes et les femmes etc …

H.M. : Le statut de candidat de l’Ukraine doit renforcer l’état de droit. Il ne faut pas se voiler la face. Nous savons qu’aujourd’hui le gouvernement de Kyiv interdit des partis – certains pro-russe mais pas tous. Nous sommes aussi très préoccupés par la force et les activités de groupes d’extrême droite.

O.V. : Certes, il faut rester attentif. Mais les partis interdits sapaient l’effort de guerre. Ce n’est pas très fin de la part des autorités, mais il faut comprendre sans forcément accepter. Quant aux groupes d’extrême droite, ils sont bien peu représentés à la Rada.

AJM : En quoi cette adhésion est positive ?

O.V. : Le processus d’adhésion de l’Ukraine est un symbole fort, politique et géopolitique. Il démontre surtout que l’Europe, ce n’est pas une technocratie mais des valeurs, un projet. Il montre que l’Europe défend toujours les idées humanistes fondamentales pour Jean Monnet et les autres pères fondateurs.

AJM : quels sont les risques de cette adhésion ?

O.V. : Ce n’est certainement pas un risque géopolitique de possible confrontation directe avec la Russie. Ce pays a déjà une frontière commune avec l’Union, par les états Baltes. Et, pour l’instant, l’Union n’est pas considérée comme une entité géopolitique par Poutine.
En revanche, il y a un véritable risque économique. Du temps de l’Union soviétique, l’Ukraine possédait une industrie développée, diversifiée.
A partir de 1991, l’économie a périclité et a évolué vers l’agriculture et l’extraction de matières premières. Le Plan de Lugano, décidé le 5 juillet 2022, prévoit 750 milliards de dollars pour la reconstruction de l’Ukraine.
Ce nouveau « plan Marshall » ne doit pas être détourné par les Oligarques et ne doit pas alimenter un Tonneau des Danaïdes. Il doit véritablement permettre à l’Ukraine d’intégrer le concert des nations développées.

H.M. : Dès 2008, avec Philippe Laurette, nous avons promu un projet européen ouvert à tous les peuples européens, à condition de respecter l’état de droit et d’intégrer le marché unique.
C’est le rôle de l’Association Jean-Monnet d’aider, par le développement des échanges, le peuple ukrainien dans son long chemin vers l’Union.

Dès 2008, avec Philippe Laurette, nous sommes venus à la rencontre des ukrainiens pour leur faire connaître la méthode Monnet et nous leur avons dit que le projet européen était ouvert à tous les peuples européens. L’Ukraine, mais aussi la Russie  un jour peut être peuvent rejoindre la famille européenne à condition de respecter l’état de droit, nos valeurs démocratiques  et avoir la capacité  d’intégrer le marché unique.
C’est le rôle de l’Association Jean-Monnet d’aider, par le développement des échanges, le peuple ukrainien dans son chemin vers l’Union que nous souhaitons le plus rapide possible car il en va de la paix et de la stabilité de notre continent.

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