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Politique européenne de défense

Modèle westphalien ou post-westphalien ?

« En 1648, le traité de Westphalie a donné naissance à un système fondé sur l’État-nation, dans lequel « l’État, et non l’empire, la dynastie ou la confession religieuse, était affirmé comme l’élément constitutif de l’ordre européen » .

Le concept de modèle westphalien est encore très utilisé comme référence en sciences-politique dans les pays germaniques et nordiques, bien moins en France où le modèle d’état-nation est considéré comme un tabou qui serait éternel et ne saurait être remis en question. Pourtant, il n’est apparu qu’au XVIIème siècle et depuis bien plus longtemps d’autres formes d’organisations ont eu en cours ou appelées de leurs vœux comme le fit Victor Hugo dans son célèbre discours en 1848 sur « les Etats Unis d’Europe »

La fin de la seconde guerre mondiale, a vu apparaître, grâce au génie des Pères fondateurs, et en particulier au pragmatisme et à la vision de Jean Monnet, un autre modèle basé sur les « solidarités de fait » et le « bien en commun » qui dépasse le modèle westphalien en établissant des communautés de peuples, certes circonscrites dans des domaines très concrets comme le charbon et l’acier, l’énergie atomique, le marché commun, la politique agricole… Les Communautés de Jean Monnet dépassent le modèle westphalien d’états nations qui peuvent nouer des alliances entre elles. Pour la première fois, l’Europe connait une nouvelle forme d’organisation unissant de manière volontaire et démocratique des peuples issus de différentes nations ! C’est ce que Madame Barbara Matta, étudiante titulaire d’un Mastère de l’Université italienne de Bologne, appelle un modèle « post-westphalien »

L’agression de la Russie contre l’Ukraine le 24 février 2022 a mis crument à jour la faiblesse de la construction européenne en matière militaire, handicapée par l’échec en 1954 devant l’Assemblée nationale française du projet de Communauté Européenne de défense, porté notamment par Jean Monnet. L’OTAN apparait très clairement comme la seule organisation européenne de défense comme l’a dit il y a peu la Première Ministre finlandaise Sanna Marin : « l’Europe n’est pas assez forte » .
Depuis 1954 , plusieurs tentatives pour une Europe de la défense eurent lieu, généralement sous un angle intergouvernemental, et ont abouti avec le traité de Lisbonne, à la Politique européenne de sécurité et de défense commune, PSDC, qui reste soumise à la règle de l’unanimité entre états membres et aux seules initiatives des états Membres. Il s‘agit donc bien encore d’un instrument « westphalien », même si le Parlement européen est consulté et le Haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité directement impliqué.

L’Association Jean Monnet est très reconnaissante à madame Matta pour démontrer dans son article les limites du modèle westphalien (nous dirions à l’Association Jean Monnet  intergouvernemental) et appeler de ses vœux l’étude d’un modèle communautaire ou « post-westphalien » (nous dirions la méthode « Monnet ») pour que l’Union européenne se dote enfin d’une politique commune de défense à la hauteur des périls et des enjeux d’aujourd’hui. La conférence du 20 nous permettra d’en poser la problématique et les jalons possibles.

Henri Malosse

Président du Comité d’orientation de l’Association Jean Monnet

L'Union européenne post-westphalienne piégée dans l'espace paneuropéen westphalien

Etude

Master in international and diplomatic sciences at the University of Bologna, Italy

Barbara MATTA

Barbara MATTA

pour l'Association Jean Monnet

Introduction

« La paix du monde ne peut être sauvegardée sans que soient déployés des efforts créateurs proportionnés aux dangers qui la menacent. »[1]

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le processus d’intégration européenne a marqué un tournant majeur tant dans l’histoire des Européens que dans la conception de la sécurité. La misère et les difficultés partagées, ainsi que le sentiment commun de responsabilité à l’égard de la guerre qui a physiquement et psychologiquement brûlé le continent, ont soudainement déclenché un processus de pacification cathartique.[2] La guerre, instrument traditionnel de la politique nationale, n’était plus acceptable. Par un processus commun de sécurisation, la guerre et le nationalisme sont devenus les nouvelles menaces existentielles pour la survie même de la civilisation européenne.
En effet, « dans sa manifestation la plus ancienne, le projet européen était explicitement un projet de sécurité ».[3] Un projet destiné à construire la paix en remplaçant la politique de puissance par la coopération et la gouvernance internationales. La déclaration Schuman (1950) et le traité de Paris (1952) ont introduit des récits et des pratiques post-westphaliens qui ont conduit à la fin du conflit transfrontalier entre la France et l’Allemagne, au démantèlement du système fondé sur l’État-nation souverain et au développement d’une nouvelle identité européenne.
En outre, le processus d’intégration a résolu les tensions entre les États européens et a donné naissance à une communauté de sécurité, un espace où « les conflits sont résolus par des moyens pacifiques ».[4] Bien que le projet européen ait marqué le premier pas vers un nouvel ordre post-westphalien et montré aux chercheurs réalistes que les régimes résolvent l’anarchie du système, en réalité, la Communauté européenne, puis l’Union, ont eu du mal à s’affirmer et à agir en tant qu’acteur de la sécurité. Cet article se propose de montrer et d’analyser les raisons de l’inhibition européenne dans l’arène de la sécurité. Il soutiendra que le Soi européen, c’est-à-dire l’identité post-westphalienne de l’UE, est menacé par trois forces westphaliennes, à savoir les États membres, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et les menaces traditionnelles.
Ces forces génèrent un environnement hostile au développement du projet post-westphalien, rendent l’UE ontologiquement insécure et entravent ses tentatives d’agir en tant qu’acteur de la sécurité.

Dans un premier temps, l’article élucidera la différence entre l’ordre westphalien et post-westphalien en reconstruisant l’évolution du système européen. Le deuxième paragraphe analysera le développement historique de la dimension étrangère européenne, en montrant pourquoi l’idée européenne était, dès le départ, une stratégie de grande sécurité à part entière.

Enfin, il présentera deux hypothèses théoriques fondamentales nécessaires pour comprendre l’orientation de la présente analyse. Les trois paragraphes qui suivent exposent l’argument central, en se concentrant respectivement sur la nature westphalienne des États, l’OTAN et les menaces traditionnelles. Finalement, dans une tentative d’application de la méthode communautaire Jean Monnet, l’article spéculera sur les manières potentielles dont l’UE pourrait renforcer son rôle d’acteur de la sécurité tout en renouvelant et en préservant l’impulsion post-westphalienne.

Du « monde hobbesien » à la paix kantienne

En 1648, le traité de Westphalie a donné naissance à un système fondé sur l’État-nation, dans lequel « l’État, et non l’empire, la dynastie ou la confession religieuse, était affirmé comme l’élément constitutif de l’ordre européen »[5]. L’État westphalien a été communément défini par la littérature académique comme un État-nation souverain détenant le monopole de la force sur un territoire reconnu. Grâce au règlement westphalien, les États ont accepté de reconnaître la légitimité et l’indépendance des autres et sont devenus des citoyens internationaux responsables de leur politique, de leur religion et de leur culture[6].6 Trois années passées à contempler le nouveau système européen ont conduit Thomas Hobbes à publier en 1651 le Léviathan. Selon le précurseur de la tradition réaliste des relations internationales, avec la création de l’État westphalien, les êtres humains ont définitivement quitté l' »état de nature », caractérisé par la condition perpétuelle de « guerre de tous contre tous », pour devenir des citoyens du Léviathan.

Bien que le monopole de la force ait permis au Léviathan de surmonter la peur de la mort violente et de la guerre à l’intérieur des frontières nationales, le principe régissant l’arène internationale est resté l’anarchie. L’absence d’une force supranationale détenant le monopole du pouvoir international rendait la guerre non seulement inévitable, mais aussi nécessaire pour préserver la souveraineté des États. En effet, selon Henry Kissinger, « la paix de Westphalie, dans sa pratique initiale, a mis en œuvre un monde hobbesien »[7].
Au début du XVIIIe siècle, Jean-Jacques Rousseau a introduit l’idée que les États européens pourraient surmonter l’anarchie en créant une Europe républicaine unie. Cette idée a ensuite été reprise et développée par Emmanuel Kant dans Vers la paix perpétuelle. Dans son pamphlet philosophique, Kant préconisait la constitution d’une fédération européenne d’États républicains comme le résultat d’un processus de pacification progressive[8]. Il considérait la fédération d’États libres et l’abolition des armées permanentes comme des étapes nécessaires pour garantir la fin de toutes les hostilités. Le philosophe des Lumières envisageait le développement du premier système post-westphalien, régi par un droit cosmopolite et animé par l’esprit du commerce[9].
L’idée de la paix perpétuelle est restée confinée pendant un siècle encore, luttant pour survivre aux accusations d’utopisme. Cependant, après la fin de la Première Guerre mondiale, la crainte que le « continent ne se déchire dans des conflits nationalistes intestins » conduit plusieurs intellectuels et hommes politiques à revaloriser « l’idée européenne »[10]. Dans ce contexte, Aristide Briand en France, Richard Coudenhove-Kalergi en Autriche et Lord Lothian en Grande-Bretagne ont transformé les idées de Kant en un projet politique, jetant les bases du mouvement fédéraliste européen.
Si, d’une part, la Seconde Guerre mondiale a entravé et retardé l’avancement du projet européen, d’autre part, elle a renforcé le mouvement fédéraliste et a rendu impératif pour les pays européens d’échapper à l’ordre « centré sur l’État, orienté vers la souveraineté et délimité territorialement », et de concevoir un nouveau système européen post-westphalien[11].

Altiero Spinelli, l’un des principaux théoriciens du fédéralisme européen, considérait l’État-nation souverain comme la plus grande menace pour la paix et la sécurité européennes. Les États-nations sont naturellement enclins à étendre leurs frontières pour légitimer leur pouvoir et renforcer leur position sur la scène internationale. Comme un État ne peut atteindre cet objectif qu’en s’engageant dans une guerre contre d’autres pays, l’existence même de l’État-nation est en soi une source d’instabilité[12]. C’est d’ailleurs la volonté de rendre toute guerre entre la France et l’Allemagne « non seulement impensable, mais matériellement impossible », qui a conduit Jean Monnet à concevoir la première Communauté européenne. Le traité de Paris, qui donne naissance en 1952 à la Communauté européenne du charbon et de l’acier, marque la première étape du processus d’intégration européenne et du démantèlement du système westphalien. Les six pays européens fondateurs décident volontairement de limiter leur souveraineté et de transférer une partie de leur pouvoir à une nouvelle Haute Autorité supranationale[13]. Ils remplacent la guerre par des instruments de soft power et neutralisent l’anarchie par une gouvernance à plusieurs niveaux.

 

Le développement historique de la dimension étrangère européenne

Avant Maastricht

Selon plusieurs chercheurs, le traité visant à établir la Communauté européenne de défense (CED) peut être considéré comme la première tentative concrète de développer la dimension étrangère européenne. Le présent article n’est pas d’accord avec cet argument et adopte une perspective différente. La mise en commun supranationale de la production franco-allemande de charbon et d’acier avec la création de la CECA était plus qu’un accord économique. Il représentait l’opportunité d’éviter de répéter les erreurs du passé et de construire un nouvel avenir. Lorsque Jean Monnet a imaginé le plan Schuman pour la première fois, il a écrit dans une note personnelle qu’avant même que les gouvernements européens ne puissent parler de la reconstruction d’après-guerre et de l’avenir de l’Europe, il était nécessaire de mettre en place un système de gestion des ressources humaines pour marcher vers un nouvel avenir, ils devaient s’attaquer au problème de la guerre[14].

Le déclenchement de la guerre totale, vingt ans seulement après le carnage de la Première Guerre mondiale, a finalement démontré qu’un traité de paix traditionnel ne suffisait pas à préserver la paix. La recherche d’une solution alternative a conduit Jean Monnet à rendre possible l’impossible, à trouver un instrument qui pourrait résoudre la tension internationale sans s’engager dans une nouvelle guerre. La CECA était cette solution. L’instrument était de nature économique, mais les intérêts et les attentes qui sous-tendaient sa réalisation étaient politiques et stratégiques.
Il était trop tôt pour une union politique, mais le moment était venu de déclencher un processus progressif d’intégration fondé sur la confiance, la solidarité et de fortes interdépendances.
Dans tous les pays européens, la crainte d’une nouvelle guerre était plus forte que l’anarchie.
Elle a déclenché des forces centripètes qui ont rendu possible la coopération et le dialogue pacifique entre les puissances rivales. En outre, le processus de décolonisation et l’émergence des deux superpuissances ont laissé les États-nations européens dans une position très vulnérable sur la scène internationale. Par conséquent, on peut affirmer que la CECA a créé une dimension étrangère européenne de deux manières parallèles. Premièrement, elle a rendu la guerre matériellement impossible en Europe occidentale en neutralisant toute menace traditionnelle venant de l’intérieur. Par exemple, étant donné qu’une menace potentielle ne pouvait venir que de l’extérieur de la communauté européenne de sécurité et que la sécurité d’un membre a commencé à dépendre de celle des autres, il est devenu plus approprié de parler de sécurité et de défense européennes plutôt que nationales. Deuxièmement, la CECA a permis aux puissances européennes de se renforcer mutuellement en se présentant unies sur la scène internationale. Parallèlement aux négociations qui ont abouti au traité de Paris, les six pays fondateurs discutaient de la création d’une armée européenne intégrée comme solution pour permettre le réarmement contrôlé de l’Allemagne de l’Ouest et pour renforcer le pacte atlantique. La proposition est venue avec le plan Pleven, présenté en 1950 par le Premier ministre français. Après seulement deux ans de négociations, le traité établissant la Communauté européenne de défense est signé par la France, l’Allemagne de l’Ouest, l’Italie et le Benelux. Du point de vue allemand, le processus d’intégration visait à absorber la souveraineté des États dans le secteur de la défense, et pour les Italiens, c’était l’occasion d’établir une communauté politique supranationale.

Toutefois, à la fin de 1954, l’Assemblée française refuse de ratifier le traité, ce qui met un terme à la création d’une union politique et au renforcement de la dimension étrangère et de défense.
Des cendres de la CED naît l’Union de l’Europe occidentale (UEO) comme solution alternative, moins ambitieuse, pour permettre le réarmement de l’Allemagne de l’Ouest dans un cadre multilatéral européen. Loin d’affirmer que la tentative de création de la CED n’était pas une étape importante, son échec et les résultats qui en ont découlé peuvent être considérés davantage comme une retombée que comme un débordement du processus d’intégration. Si, d’un côté, la CECA a planté les graines du développement de la dimension étrangère européenne, de l’autre, l’échec de la CED a mis en évidence l’incapacité des Six de l’intérieur à aller au-delà de Westphalie.

La tension entre Westphalie et post-Westphalie se manifeste également dans la collision entre les positions intergouvernementales et supranationales, qui a conduit à l’échec de la deuxième tentative de développer la coopération politique et de renforcer la sécurité commune des États membres[15].

Les plans Fouchet présentés au début des années 1960 reflétaient la volonté du général Charles de Gaulle de créer « l’Europe des patries ». Le président de la République française a avancé le projet d’une union politique intergouvernementale, dans laquelle les États-nations conservaient leur pleine souveraineté et adoptaient leurs décisions à l’unanimité. Selon Moravcsik, la philosophie du Général « repose sur trois idées fondamentales : le nationalisme, l’indépendance et la force militaire »[16].
Pour de Gaulle, en effet, « la seule Europe possible… est celle des États »[17]. L’État-nation capable « de compter dans les affaires du monde et d’avoir les moyens de se défendre dans la lutte impitoyable que les nations se livrent entre elles »[18]. Les plans Fouchet représentaient une tentative dangereuse d’effacer les réalisations concrètes sui generis qui rendaient la paix perpétuelle possible en Europe occidentale et de revenir au monde de la géopolitique et du réalisme où la guerre était inévitable. Pour éviter le piège nationaliste, les cinq partenaires de la France ont rejeté les deux plans et ont présenté un traité alternatif.

L’Union voulue par l’Allemagne de l’Ouest, l’Italie et le Benelux rappelle la fédération européenne promise par Monnet et Schuman. Ils demandent, entre autres, des institutions supranationales fortes, une politique étrangère et de défense commune « dans le cadre de l’Alliance atlantique », et « l’introduction progressive du principe de la majorité dans les décisions du Conseil »[19].
Après de longues négociations et plusieurs tentatives de compromis, de Gaulle rejette la proposition de ses partenaires, dénonçant l’échec de l’Europe politique[20]. Plus tard, dans ses mémoires, Monnet s’interroge :

« Pourquoi la France a-t-elle tenté de ramener dans un cadre intergouvernemental ce qui était déjà devenu communautaire ? ».

Pour le père de la CECA, le projet post-moderne d’intégration européenne ne visait pas à former « des coalitions entre États, mais une union entre les peuples »[21].

De la PESC à la PSDC

Depuis la création de la CECA, l’OTAN conserve la responsabilité première de la défense de l’Europe occidentale. L’échec des plans Fouchet en 1963 a fait taire le débat sur la sécurité et la défense européennes et, pendant les trente années suivantes, le processus d’intégration s’est limité à des secteurs de basse politique. Toutefois, il est important de souligner qu’au cours de ces années, la Communauté économique européenne a développé sa dimension étrangère, exerçant son influence au niveau international et agissant en tant que puissance civile, normative et structurelle.
La Communauté européenne est devenue l’un des principaux acteurs économiques mondiaux, capable de s’élargir pacifiquement sans provoquer de guerre et d’influencer l’action des autres acteurs internationaux. Néanmoins, ce n’est qu’avec la fin de la guerre froide que les États membres ont relancé le débat sur la sécurité et la défense.

Le traité de Maastricht, signé le 7 février 1992, a donné naissance à l’Union et a établi, dans son deuxième pilier, la politique étrangère et de sécurité commune (PESC). Cependant, loin des attentes initiales, cette politique n’était « pas si commune », puisque le traité ne fait pas référence à des instruments, des acteurs et un budget commun[22]. Il s’agit plutôt d’une politique intergouvernementale qui « n’affecte pas la base juridique existante, les responsabilités et les pouvoirs de chaque État membre en ce qui concerne la formulation et la conduite de sa politique étrangère »[23]. En outre, les seuls instruments juridiquement contraignants, à savoir les décisions prises par le Conseil européen définissant des actions (article 28 TUE) et des positions
(article 29 TUE), sont limités à des cas exceptionnels et échappent au contrôle juridictionnel de la Cour de justice. Les mêmes considérations peuvent être dites en ce qui concerne la politique de sécurité et de défense commune (PSDC), officiellement formalisée par le traité de Lisbonne en 2007. Selon la déclaration franco-britannique de Saint-Malo (1998), il était impératif que l’Union Européenne développe « une capacité d’action autonome, appuyée sur des forces militaires crédibles, les moyens de décider de les utiliser et la volonté de le faire, afin de répondre aux crises internationales »[24].
Bien que Stephan Keukeleire et Tom Delreux aient raison lorsqu’ils affirment que la PSDC est loin d’être « commune » et de porter sur la « défense », cette politique a introduit deux clauses importantes qui ont considérablement renforcé la dimension de sécurité européenne. La première est la clause de défense mutuelle (article 42.7 TUE), qui stipule que :

« si un État membre est victime d’une agression armée sur son territoire, les autres États membres ont envers lui une obligation d’aide et d’assistance par tous les moyens en leur pouvoir ».

Le second est la clause de solidarité (article 222 du TFUE), en vertu de laquelle :

« l’Union et ses États membres agissent conjointement dans un esprit de solidarité si un État membre est l’objet d’une attaque terroriste ou la victime d’une catastrophe naturelle ou d’origine humaine »[25].

Depuis 2003, date à laquelle l’UE a lancé ses premières missions en Bosnie-Herzégovine, près de quarante opérations ont été menées sous le drapeau européen. Cependant, tant l’efficacité que la valeur ajoutée des opérations militaires et civiles de la PSDC ont été remises en question.
Plusieurs chercheurs mettent en avant les difficultés rencontrées par l’UE pour renforcer son autonomie stratégique, tandis que d’autres soulignent ses capacités opérationnelles limitées.
Malgré les incohérences des traités et le succès discutable des politiques, l’UE envoie et reçoit aujourd’hui des représentants diplomatiques, conclut des accords internationaux, est l’un des principaux donateurs internationaux en matière de coopération au développement et exerce un effet stabilisateur au niveau international. En outre, selon Sperling, deux stratégies de sécurité ont contribué à définir la « grande stratégie de sécurité pour la gouvernance post-westphalienne ».
La stratégie de sécurité extérieure (ESS), lancée par Javier Solana en décembre 2003, a introduit les principes du multilatéralisme efficace et de l’engagement préventif[26]. La seconde est la Stratégie globale de l’Union européenne (SGUE) de 2016 de Federica Mogherini, qui souligne l’importance de
 » prendre collectivement la responsabilité  » du rôle européen dans le monde et de reconnaître le principe de l’indivisibilité de la sécurité[27]. Dans les paragraphes suivants, cet article cherche à comprendre si et dans quelle mesure la PESC et la PSDC reflètent la nature européenne post-westphalienne et pourquoi l’UE peine à agir en tant qu’acteur de la sécurité.

Deux hypothèses de base

Pour bien comprendre l’analyse qui suit, deux hypothèses fondamentales doivent être retenues. Tout d’abord, une compréhension plus large du concept de sécurité, comme le suggère Buzan dans People, State and Fear, qui considère, outre les aspects militaires, les aspects environnementaux, économiques, sociétaux et politiques de la sécurité[28]. Deuxièmement, la reconnaissance du fait de la nature sui generis de l’UE et l’existence d’une dimension étrangère européenne indépendante de ses États membres.

Au-delà de la sécurité militaire

Le développement du domaine des études de sécurité qui s’est produit en 1983 avec la publication de l’ouvrage de Barry Buzan est la clé pour comprendre la particularité de la politique étrangère européenne. Depuis le début des années 1950, le concept de sécurité était principalement lié à ce que les étudiants appelaient les quatre S, à savoir l’État, la stratégie, la science et le statu quo.
Les États étaient à la fois les agents et les objets référents de la sécurité ; le recours à la force militaire était le seul instrument permettant de contrer les menaces potentielles ; les variables quantifiables et les théories scientifiques pouvaient, dans une certaine mesure, rationaliser le brouillard de la guerre ; et puisque les changements révolutionnaires pouvaient signifier une perte de pouvoir, le « telos » était toujours la préservation du statu quo. Dans « People, State and Fear », Buzan a remis en question la validité des quatre S. Il a fait valoir que l’aspect militaire ou stratégique de la guerre n’était pas suffisant. Il affirme que la dimension militaire ou stratégique n’est qu’un des cinq secteurs inclus dans le grand contenant des études sur la sécurité. Il a identifié de nouveaux objets référents, notamment les êtres humains, l’environnement, la société et l’économie, et de nouveaux agents de sécurité, tels que les organisations internationales et les ONG. Ses travaux ont déclenché l’élargissement du concept de sécurité. Un concept beaucoup plus complexe a émergé, combinant les dimensions militaire, économique, politique, sociétale et environnementale et capable de saisir la complexité du monde globalisé. Sans ce concept, il est impossible de considérer la Communauté européenne comme un agent de sécurité à part entière. En effet, dès le début, la Communauté a traité des problèmes liés à la sécurité sociale, économique, politique et environnementale sans jamais interférer dans la dimension militaire nationale. En particulier, du point de vue sociétal, la Communauté européenne, puis l’Union, ont progressivement instauré la confiance et la solidarité, fourni des règles communes pour protéger les droits de sécurité sociale et lancé des stratégies pour promouvoir la résilience sociale. Le haut niveau d’intégration dans la dimension économique a permis à la Communauté européenne de diriger la reconstruction d’après-guerre et le redressement économique des États membres. En outre, la Communauté dispose d’une compétence exclusive en matière de politique commerciale, ce qui la rend pleinement responsable de la sécurité commerciale de ses membres. La Communauté garantit la sécurité politique, en exigeant des institutions démocratiques légitimes comme condition nécessaire pour faire partie de la famille européenne. Tant le rapport de Willi Birkelbach, adopté par l’Assemblée parlementaire européenne en 1962, que les critères de Copenhague (1993) condamnent l’instabilité politique, la corruption et les régimes illibéraux susceptibles de mettre en péril la paix et la stabilité démocratiques de la Communauté[29][30]. Enfin, depuis le premier programme d’action pour l’environnement de 1973, la Communauté a progressivement renforcé son engagement à réduire les émissions et à préserver l’environnement, devenant ainsi le chef de file de la lutte mondiale contre le changement climatique[31].
Comme le secteur militaire n’a jamais été pleinement intégré et inclus dans la sécurité européenne et la dimension étrangère et qu’il est resté une compétence des autorités nationales, plusieurs universitaires et décideurs politiques ne reconnaissent pas l’UE comme un acteur de sécurité à part entière. Toutefois, ce raisonnement devrait également s’appliquer aux États. Parce que les États ont décidé de transférer une partie de leur pouvoir au niveau européen, rendant la Communauté responsable des problèmes économiques, sociaux, politiques et environnementaux, ils ne sont pas en mesure d’assurer pleinement la sécurité dans ces secteurs.
À ce stade, il convient de préciser que les États-nations ont décidé de limiter leur pouvoir parce qu’ils ont pris conscience qu’ils ne pouvaient pas survivre seuls dans un monde globalisé. Alors pourquoi le secteur militaire est-il resté entre les mains des États-nations ? Il y a deux grandes explications possibles. Premièrement, la crise économique et la pénurie alimentaire qui ont suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale ont obligé les États à mettre en commun leurs ressources et à travailler ensemble pour faire face aux problèmes sociaux, politiques et économiques.
Deuxièmement, la force militaire est un élément déterminant de l’État-nation. Par conséquent, le transfert du pouvoir militaire à une autorité supranationale a été perçu par les États comme une perte de leur raison d’être sur la scène internationale.
En résumé, la Communauté européenne s’est développée dès le début comme un acteur de sécurité sui generis, intégrant tous les secteurs de sécurité identifiés par Buzan, à l’exception du secteur militaire, qui est resté entre les mains de ses États membres.

Un projet de sécurité sui generis

Le système de sécurité européen est un système de gouvernance de la sécurité. Selon Max Webber, « la gouvernance de la sécurité est quelque chose de plus qu’un simple reconditionnement des formes traditionnelles de gestion de la sécurité »[32]. Elle est, en effet, un « signifiant du changement »[33]. La prolifération de l’insécurité résultant des deux vagues de mondialisation et le niveau croissant d’interconnexion ont déclenché un processus de transformation profonde qui a progressivement modifié la nature de la politique mondiale. L’érosion des frontières territoriales des États et la compression du temps et de l’espace par la baisse des coûts de circulation des biens et des idées ont constitué un terrain fertile pour l’émergence de nouvelles menaces (pandémies, terrorisme, criminalité transnationale, etc.) et de nouveaux agents d’insécurité (réseaux terroristes, pirates informatiques, virus biologiques, etc.) Parce que ces nouveaux défis sont transnationaux par nature et imprévisibles, les Etats seuls n’ont pas les capacités et les moyens de se défendre et tombent dans un état d’anxiété permanent. Par conséquent, pour tenter de compenser leur vulnérabilité et de renforcer leur sécurité, les États coopèrent et coordonnent leurs actions, donnant lieu à un système de gouvernance internationale. Dans un système de gouvernance, les États ne sont pas les seuls acteurs impliqués dans le processus de décision. Ils coopèrent avec des acteurs non étatiques, notamment des groupes de réflexion, des parties prenantes, des ONG et des entreprises, qui participent activement à « la consolidation d’une définition collective de l’intérêt et de la menace »[34].

Le système de sécurité européen est le meilleur exemple existant de gouvernance de la sécurité.
Il n’est « ni un système politique ni une organisation internationale, mais quelque chose entre les deux »[35]. Les décisions sont le résultat d’un système décisionnel de type gouvernance, qui est multifacettes, multi-acteurs, multi-méthodes et multi-niveaux[36]. Ainsi, les politiques qui en résultent ne peuvent pas être considérées comme le simple résultat d’un processus de décision.

Selon Keukeleire et Delreux, la politique étrangère européenne est « multiforme » car elle comprend quatre visages, la PESC, la PSDC, l’action extérieure et la dimension extérieure des politiques
internes ; « multi-méthode », car la méthode intergouvernementale et la méthode communautaire sont toutes deux utilisées ; « multi-niveau », car elle reflète la connexion et l’interaction de multiples niveaux de gouvernance et d’arènes politiques. Ainsi, les politiques qui en résultent ne peuvent être considérées comme la simple somme des positions des états. Elles reflètent le monde complexe et imprévisible, où des idées, des agendas et des intérêts différents se rencontrent et fusionnent, à tel point qu’il devient difficile d’isoler et de reconnaître la position d’un seul acteur. En résumé, la politique étrangère européenne est la somme de toutes les actions et décisions politiques que les acteurs externes et internes reconnaissent communément comme des actions et décisions européennes et, par conséquent, elle est le résultat du système européen de gouvernance.

 

La nature westphalienne des États membres

Selon Sperling (2008), le développement du projet européen post-westphalien a résulté de l’émergence d’États post-westphaliens, qui se distinguent des États westphaliens par l’absence de capacité à contrôler et à protéger les frontières nationales[37]. Cette analyse se distancie de l’affirmation de Sperling et soutient que, bien que les États membres aient été profondément affectés par le processus d’intégration européenne, ils ne se sont jamais transformés en États post-westphaliens, car ils ont réussi à préserver le monopole de la force et la capacité de contrôler les frontières nationales. Par conséquent, l’évolution post-westphalienne de l’Europe a changé la nature du système européen, qui a cessé d’être centré sur l’État pour devenir « un ordre civil fondé sur des règles et des normes », tandis que la nature de ses États membres est restée essentiellement westphalienne[38]. Toutefois, on peut affirmer que l’évolution de l’environnement international, où de nouveaux acteurs et de nouvelles menaces sont apparus, ainsi que la transformation du paradigme au niveau européen ont sapé non pas l’aptitude mais la capacité des États membres à protéger leur territorialité. Face aux menaces non traditionnelles, notamment les attaques terroristes et les cyberattaques, ou l’utilisation d’armes de destruction massive, qui relèvent de ce que Lind et Thiele appellent la quatrième génération de guerre, les États westphaliens n’ont pas les capacités et les moyens de riposter. Ils continuent à répondre avec des moyens de pouvoir traditionnels et empêchent ainsi l’UE d’agir en tant qu’acteur de sécurité post-westphalien.

Une étude de cas empirique, dans laquelle le conflit entre les natures westphaliennes et post-westphaliennes de l’espace européen émerge, peut être trouvée dans la réponse européenne à la crise migratoire. La migration, considérée dans le récit post-westphalien comme l’une des quatre libertés du marché commun européen, a été abordée pour la première fois comme une crise lorsque, en 2015, plus d’un million de personnes ont fui la guerre en Syrie[39].
Selon Jennifer Mitzen (2018), à l’origine, la stratification des récits et pratiques post-westphaliens a conçu l’Union européenne comme un Homespace, c’est-à-dire un espace où les frontières sont poreuses et traitées comme perméables. De même, en décrivant le récit fondateur de l’UE, Vincent Della Sala affirme qu’il était « agnostique quant au territoire »[40]. En effet, ce que les pères fondateurs avaient à l’esprit dès le départ était la création d’un espace commun sans frontières intérieures et « ouvert à tous les pays désireux de prendre part » au processus d’intégration[41].
Les frontières extérieures n’étaient donc pas fixes et pouvaient changer grâce à la politique d’élargissement, considérée comme une réunification entre pays partageant les mêmes principes et valeurs. Le concept de « Homespace » diffère de celui de Homeland, ce dernier étant conçu comme un « conteneur délimité du soi collectif »[42]. Mitzen affirme que le traité de Maastricht (1992) et, en particulier, le pilier des affaires intérieures et de la justice, a sapé le projet post-westphalien en renforçant le caractère intergouvernemental du processus d’intégration et en institutionnalisant des récits qui décrivent l’Union davantage comme une patrie que comme un espace vital. Lorsque l’afflux de migrants a augmenté, les États membres ont senti leur  » carapace  » menacée et ont montré leur capacité à renforcer et à  » protéger  » leur territoire[43]. En réintroduisant des contrôles aux frontières, les États membres ont sapé la porosité de l’espace vital européen et ont attaqué le récit post-westphalien. Dans un premier temps, ils n’ont pas coopéré entre eux et n’ont pas donné aux institutions européennes la possibilité de faire face à cette situation difficile.
Dans le but de sauver au moins l’espace Schengen, la Commission européenne a entrepris un processus de sécurisation, en publiant le document « Back to Schengen » (2016)[44]. Cependant, le processus de sécurisation que Mitzen appelle  » territorialisation « , introduit des récits néo-westphaliens qui ont affaibli le Soi européen de l’intérieur. Cela ne signifie pas nécessairement que l’Union européenne s’est transformée en une Patrie, bien que si sur une échelle du noir au blanc, le caractère westphalien est noir et le post-westphalien est blanc, en raison de la crise des réfugiés, l’UE est passée d’un gris clair à un gris foncé. Contrainte par cette force interne, représentée par les États membres européens, l’UE s’est vue obligée de s’adapter, en devenant plus westphalienne, afin de survivre.

 

La nature westphalienne de l’OTAN

La deuxième force westphalienne qui empêche l’UE d’agir en tant qu’acteur de sécurité post-westphalien est l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord. L’OTAN est d’abord et avant tout une alliance militaire. Elle a été créée en 1949 en tant que branche opérationnelle et militaire de l’Alliance atlantique, et elle est rapidement devenue le « chien de garde » des États-Unis pendant la guerre froide[45] [46]. La première étape concrète du processus d’intégration européenne a été marquée en 1952 par la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA).
On peut donc dire que ces deux communautés de sécurité ont en commun d’être nées et de s’être développées dans l’ordre libéral occidental dans le contexte historique de la guerre froide.
Toutefois, alors que la CECA était destinée à mettre fin, une fois pour toutes, à la guerre sur le continent européen par des moyens pacifiques, l’OTAN a été conçue pour mener une nouvelle guerre. Selon Sperling, « il existe deux formes concurrentes, qui se chevauchent, de gouvernance de la sécurité européenne : la communauté de sécurité post-westphalienne institutionnalisée dans l’UE ; un arrangement de défense collective qui sous-tend une communauté de sécurité westphalienne institutionnalisée dans l’OTAN »[47]. Le fait que la plupart des membres de l’OTAN sont aussi des pays de l’UE est un facteur important.

L’existence de l’OTAN au sein de l’Union européenne révèle la complexité de la gouvernance de la sécurité européenne et confirme ce qui a déjà été affirmé plus haut concernant la nature westphalienne des États membres européens. Ainsi, l’existence même de l’OTAN démontre qu’en dehors du processus d’intégration européenne, l’espace paneuropéen est resté majoritairement westphalien.

Pendant le conflit idéologique entre les États-Unis et l’Union soviétique, le mandat de l’OTAN était principalement axé sur la défense et la dissuasion. Lorsque la guerre froide a pris fin, l’OTAN a dû se réinventer et s’adapter. Comme l’affirme Thierry Tardy, l’OTAN a traversé à la fois une crise existentielle et une crise de gestion. Crise existentielle car, avec la dissolution de l’URSS, l’OTAN a perdu son objectif de défendre l’Occident contre une menace extérieure perçue. Une crise de gestion, car ses récits et pratiques de base, qui tournaient autour de la défense et de la dissuasion, n’avaient aucune raison d’être mis en œuvre dans l’environnement de l’après-guerre froide[48].
En effet, l’OTAN a introduit le paradigme de la gestion des crises et du renforcement des capacités dans son programme et a adopté une nature multiforme, caractérisée par la coexistence du pompier (la force de gestion des crises), du voisin (le défenseur du discours de paix démocratique) et du leader du séminaire (le gardien du partenariat transatlantique), ainsi que du chien de garde dormant[49].
Toutefois, comme le démontre Charlotte Wagnsson, l’OTAN est restée « étonnamment conservatrice dans le contexte européen »[50]. Par exemple, son traité est resté inchangé et « les caractéristiques essentielles de l’OTAN en tant qu’alliance ont été maintenues », notamment le mécanisme de défense collective établi à l’article 5[51] [52].  Par conséquent, même s’il est vrai que « l’OTAN a des ambitions et se perçoit comme quelque chose de plus » qu’une alliance militaire traditionnelle, il n’en reste pas moins que son « moi » n’a pas réussi à aller au-delà de Westphalie et qu’elle est restée profondément ancrée dans la défense et la dissuasion[53]. La crise ukrainienne (2014) corrobore cette perspective car elle ouvre la voie au processus de « retour aux sources », par lequel l’OTAN a relancé son mandat axé sur la défense. Le fait que les fondamentaux soient toujours les mêmes a été déterminant pour le nouveau changement de paradigme. Si, avant l’annexion de la Crimée, le principal problème concernait le manque de cohésion au sein de l’organisation, le retour d’une Russie agressive et la violation de l’intégrité territoriale d’un État voisin ont redonné à l’OTAN à la fois l’objectif et la légitimité nécessaires pour restaurer son identité[54].  Les derniers événements ont montré comment le retour aux sources de l’OTAN a obligé l’Union européenne à s’adapter et à prendre ses distances par rapport au projet post-westphalien. Par l’approbation du Compas stratégique, l’Union européenne,
 » complémentaire de l’OTAN « , renforce sa politique de sécurité et de défense[55]. L’UE semble avoir oublié son récit fondateur et effacé son projet de sécurité, caractérisé par la résolution des conflits par des « efforts créatifs » pacifiques et sans précédent[56]. Dans son nouveau récit, elle réécrit son passé en affirmant que l’OTAN est et « reste le fondement de la défense collective de ses membres »[57]. Comment est-ce possible si les fondations de l’OTAN et de l’UE étaient autrefois non seulement séparées mais aussi orientées dans des directions différentes ? On peut donc affirmer que, si l’après-guerre froide a été le témoin d’une convergence entre les deux fondations, la résurgence de la Russie a ramené l’OTAN et l’UE à un gris foncé, plus proche de la Westphalie.

 

Face aux menaces westphaliennes

La troisième et dernière force westphalienne peut être trouvée en examinant le spectre des menaces traditionnelles qui continuent à affecter la stabilité de l’ordre européen. Cette analyse portera sur deux menaces traditionnelles auxquelles l’UE est actuellement confrontée : le retour de la politique agressive de la Russie, qui a attaqué le « Moi » européen de l’extérieur, et le sentiment néo-nationaliste croissant qui, par le biais des partis populistes, sape de l’intérieur le récit post-westphalien.

En ce qui concerne le premier point, Viktoria Akchurina et Vincent Della Sala affirment que les récits et pratiques contradictoires prônés par l’UE d’une part et la Russie d’autre part, ont déclenché « un dilemme de sécurité essentiellement ontologique »[58]. Selon eux, « le récit post-territorial et post-souveraineté de l’UE était un moyen de se démarquer de ses États membres mais, ce faisant, il s’est également démarqué du récit fondateur de la Russie, ancré dans l’histoire et les formes épaisses d’appartenance. »[59] Dans l’espace domestique européen, les frontières ont été conçues comme de simples instruments administratifs, dépourvus de toute référence symbolique à l’identité nationale. Au contraire, dans le Monde russe, les frontières sont fixées « là où les gens [russes] vivent », et la « russité », c’est-à-dire l’ensemble des composantes biologiques, ethniques, historiques et nationales du peuple russe, joue un rôle central dans l’identification de ce qui est compris dans le Soi et de ce qui en est exclu[60]. Ces deux identités luttent pour coexister, car leurs récits contradictoires leur font percevoir l’altérité comme une menace existentielle. Par exemple, alors que dans le récit de l’UE, l’élargissement à l’Est est un processus de réunification pacifique entre des pays qui partagent les mêmes valeurs et principes libéraux et sont prêts à accepter l’acquis communautaire, la Russie le perçoit comme une invasion de sa sphère d’influence. De même, l’invasion russe de l’Ukraine, qui, dans le récit russe, est considérée comme une tentative de réunification de « l’espace politique imaginé », est perçue par l’UE comme « la guerre d’agression de la Russie »[61] [62]. Le renoncement à la guerre comme moyen acceptable de résoudre les conflits internationaux et la tentative d’aller au-delà de Westphalie ont fait de l’UE une puissance civile, non préparée et vulnérable face au retour de la guerre sur le continent[63]. Selon Tardy, « des menaces comme celles de la Russie ou d’ISIS montrent à quel point une posture militaire doit être centrale ; comment la dissuasion, ou la coercition, sont indispensables à la préservation de la stabilité », et comment le rôle militaire de l’OTAN dans l’ordre mondial reste crucial[64]. C’est également la raison pour laquelle l’UE s’adapte et se transforme, s’éloignant du projet post-westphalien et ressemblant de plus en plus à l’OTAN.

En ce qui concerne la deuxième menace abordée dans cette analyse, il est nécessaire de comprendre, premièrement, pourquoi le populisme est une menace traditionnelle et, deuxièmement, comment il peut mettre en péril le projet européen post-westphalien. Le populisme est une menace traditionnelle car il canalise le sentiment néo-nationaliste, qui revendique le renforcement des frontières et la valorisation de la dimension nationale. Selon les pères fondateurs, notamment les rédacteurs du Manifeste de Ventotene mais aussi Monnet et Schuman, Adenauer et Spaak, le nationalisme est en soi une menace permanente pour la paix internationale. Le mouvement populiste « fondé sur le racisme, la xénophobie et le nationalisme » vise à réaffirmer une idéologie et un discours qui ont dominé l’ordre étatique westphalien[65]. Le fait que la montée des partis populistes ait un impact négatif sur l’évolution du récit post-westphalien a été démontré par le Brexit. Le populisme crée une fragmentation au sein de l’UE, renforce le gouvernement national et sape le travail des institutions européennes. Enfin, le populisme est l’une des forces qui, lors de la crise migratoire, a œuvré en faveur de la « réintroduction non coordonnée des contrôles nationaux aux frontières » par certains États membres, excluant l’UE de la possibilité d’agir en tant qu’acteur de sécurité[66].

 

Retour aux sources : un nouvel élan pour le processus d’intégration

Depuis la publication de la boussole stratégique européenne le 21 mars 2022, l’Union européenne a commencé à « relever sa posture géopolitique », en annonçant une augmentation conséquente des dépenses de défense et le développement d’une capacité de déploiement rapide de l’UE d’ici 2025[67]. La perspective stratégique qu’offre la Boussole ne renforce toutefois pas l’autonomie stratégique de l’Union et ne préserve pas le noyau post-westphalien de la politique étrangère européenne. Comme l’a souligné Riccardo Perissich, il est difficile de parler d’autonomie stratégique et de crédibilité si l’Union européenne continue de considérer l’OTAN non pas comme un partenaire parmi d’autres, mais comme une « sorte de « meilleur ami » parmi les amis »[68]. Le document ne définit pas la relation entre l’UE et l’OTAN, laissant entendre que rien ne change et que l’OTAN reste le « principal pilier » de la défense de la plupart des États européens. Ainsi, la force d’intervention rapide, qui comprend
5 000 hommes, loin d’accorder une autonomie stratégique à l’UE, n’est pas destinée à remplacer l’OTAN ou intégrer les capacités et les compétences nationales des États membres dans le secteur de la défense. Elle réaffirme plutôt l’importance de l’OTAN au sein de la gouvernance européenne de la sécurité. De plus, le langage géopolitique que l’UE est déterminée à parler vis-à-vis des autres acteurs internationaux, les alliances qu’elle a établies avec ses « partenaires », la plus grande importance accordée à la défense et à la dissuasion, le peu de mots consacrés dans le document aux défis environnementaux et sociaux par rapport aux défis militaires et, enfin, l’accent mis sur la nécessité pour les États membres d’investir davantage dans leur sécurité et leur défense repoussent le projet de sécurité de l’UE vers le noir de Westphalie.

Si le « Compas stratégique » n’est pas le moyen de renforcer la capacité de l’Union européenne à agir comme un acteur de sécurité à part entière, quelles sont les alternatives ? Une option intéressante, fortement soutenue par les fédéralistes et dernièrement par le président français Macron, est la création d’une « véritable armée européenne », telle qu’elle a été conçue par les pères fondateurs dans le traité CED[69]. En 2015, un appel similaire à la création d’une armée européenne a été lancé par Jean-Claude Juncker, alors président de la Commission européenne, par Ursula von der Leyen, qui était à l’époque ministre de la défense de l’Allemagne, puis par la chancelière Merkel[70].
Selon Ursula von der Leyen, « notre avenir en tant qu’Européens se fera à un moment donné avec une armée européenne »[71]. Sous l’administration Trump, alors que l’alliance transatlantique souffrait du multilatéralisme exclusif américain, les pays européens ont commencé à envisager sérieusement la possibilité de s’engager dans une intégration militaire supranationale. La « pression pour augmenter leurs capacités de sécurité indépendantes » s’est estompée de manière exponentielle lorsque Biden est devenu président et que la Russie a adopté une position plus agressive envers l’Occident[72].
L’alliance transatlantique est réapparue plus forte grâce à l’engagement du président Biden en faveur d’un multilatéralisme inclusif, d’une part, et à la menace russe pour la sécurité collective européenne, d’autre part. Bien que l’UE doive faire face à une vaste gamme de difficultés si elle décide d’entreprendre un projet de cette ampleur, notamment le niveau élevé de fragmentation, la nécessité de renforcer le budget européen de la défense, un fort soutien populaire et le développement d’une culture stratégique européenne, l’idée d’une armée européenne comporte également plusieurs aspects et résultats positifs.

En raison du niveau élevé de fragmentation, de la nécessité de renforcer le budget européen de la défense, d’un fort soutien populaire et du développement d’une culture stratégique européenne, l’idée d’une armée européenne présente également plusieurs aspects et résultats positifs. Premièrement, elle accroîtra l’indépendance de l’Europe vis-à-vis de l’OTAN et du partenaire américain en restructurant et en rééquilibrant l’alliance transatlantique. L’alliance transatlantique sera renforcée car les États-Unis seront rejoints et soutenus par un partenaire européen crédible. Deuxièmement, l’intégration des capacités et des moyens militaires, la création d’un budget de défense commun et d’une armée commune placée sous le commandement suprême de l’UE obligeront les États membres à coordonner leurs actions dans le domaine de la sécurité et de la défense. En perdant le monopole de la force et la capacité de contrôler les frontières nationales, les États deviendront probablement plus post-westphaliens. La sécurité de chaque État membre sera renforcée par un appareil militaire plus efficace et mieux préparé, et toute la gamme des défis qui ne peuvent être relevés isolément sera abordée ensemble grâce à un effort commun des États membres. Suivant la méthode communautaire de Jean Monnet, l’armée européenne sera le résultat d’un processus d’intégration supranationale graduelle. En partant du bas, avec l’intégration de l’industrie civile et militaire, le processus conduira progressivement à l’émergence d’une nouvelle Communauté et au remplacement des forces militaires nationales par l’armée européenne commune. Bien que l’option de l’armée européenne commune soit fortement préconisée par de nombreux politiciens et universitaires et qu’elle puisse potentiellement éliminer l’une des forces westphaliennes qui inhibent l’UE dans le domaine de la sécurité, on ne peut affirmer avec certitude que l’UE sera en mesure d’agir en tant qu’acteur mondial de la sécurité post-westphalienne. Premièrement, parce que les autres forces westphaliennes continuent d’exercer une pression sur l’UE. Deuxièmement, l’Union européenne pourrait potentiellement devenir elle-même un acteur westphalien. Dans ce second cas, la force stabilisatrice que l’UE était capable d’exercer au niveau international grâce à sa politique de soft power sera remplacée par un État européen nation fort et puissant parlant le langage de la géopolitique dans un nouveau monde hobbesien.

L’option alternative soutenue dans cet article est le développement d’une Union européenne qui apprend à parler haut et fort le langage de la diplomatie. La création d’une armée européenne commune peut constituer une étape fonctionnaliste intermédiaire dans le processus d’intégration, mais elle ne doit pas devenir l’objectif ultime, qui est l’abolition de toutes les armées permanentes et le développement d’une communauté internationale de sécurité. Dans cette perspective, l’armée européenne commune est fonctionnelle à trois égards. Premièrement, elle pourrait éradiquer l’héritage du paradigme westphalien au sein de l’Union européenne en faisant définitivement entrer les États westphaliens dans la post-modernité. Deuxièmement, elle pourrait redéfinir le partenariat transatlantique de telle sorte que l’OTAN, conçue comme la branche opérationnelle et militaire de l’Alliance, ne sera plus nécessaire et sera transformée en un forum technique international de discussion et de débat. Troisièmement, l’armée européenne pourrait fonctionner comme l’un des instruments permettant de préserver et de défendre l’Europe post-westphalienne contre les menaces westphaliennes traditionnelles, lorsque ces menaces sont des actes d’agression militaire.
En même temps, cependant, l’armée européenne ne peut avoir qu’un petit rôle dans la lutte contre cette troisième force westphalienne. La diplomatie et la résilience, en tant qu’autres instruments du soft power, sont beaucoup plus efficaces à cette fin. Ce qui manque, c’est un plan stratégique européen fort en ambition et en volonté politique, et destiné à être un moteur du changement. Comme le soutenait Paolo Emilio Taviani, sous-secrétaire d’État italien aux affaires étrangères en 1952, lors d’une conférence internationale organisée par la Chambre de commerce de Gênes sur les problèmes économiques de la fédération européenne, « pour construire une Europe unie, il faut une forte volonté politique »[73].

« Chacun travaillant dans son domaine, avec ces tâches respectives, visant le même but, nous aurons bien mérité le mérite de construire l’avenir des générations futures : pour la paix avec la sécurité, pour la liberté avec la dignité, et pour un progrès social durable »[74].

 

Conclusion

La « persistance résiduelle de la norme de souveraineté westphalienne » dans l’espace paneuropéen, où s’est développé le projet européen post-westphalien, « constitue un obstacle permanent à l’obtention de résultats coopératifs dans le domaine de la sécurité, qu’il s’agisse d’une conception large ou étroite. »[75] Comme nous l’avons démontré tout au long de ce document, le bond en avant sans précédent qui, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, a été réalisé par les États européens, en créant une communauté de sécurité post-westphalienne, a été anéanti par un processus d’adaptation, contraint par un environnement hostile et plusieurs contradictions internes. L’UE n’a pas été capable de défendre l’unicité de son identité. Elle a échoué dans la tentative de faire des « efforts créateurs proportionnés aux dangers qui la menacent ». Elle n’a pas non plus réussi à préserver la paix. Telles sont les raisons de l’insécurité ontologique européenne, qui ne peut être résolue que par un retour aux sources ou un nouveau tournant historique. Un effort créatif qui, aujourd’hui, peut aussi être critiqué comme utopique mais qui, à l’avenir, serait qualifié de sui generis.

 


[1] Union européenne, « Déclaration Schuman », (mai 1950).

[2] Richard E. Baldwin, « Sequencing and Depth of Regional Economic Integration : Lessons for the Americas from Europe », (World Economy, 2008), Vol. 31, No 1, p. 6.

[3] Emil Kirchner et James Sperling, « EU security governance », (Manchester : Manchester University Press, 2014), p. 1.

[4] Andrew Cottey, « Security in 21st century Europe », (Houndmills : Palgrave Macmillan, 2013), p. 13.

[5] Henry Kissinger,  » World Order « , (New York : Penguin Books, 2014), p. 26.

[6] Robert H. Jackson, Georg Sørensen et Bozzo, L., « Relazioni internazionali », (Milano : Egea, 2018), pp. 16-17.

[7] Ibid. p. 32.

[8] Maria Grazia Melchionni, « Europa unita, sogno dei saggi », (Venezia : Marsilio, 2021), p. 38.

[9] Emmanuel Kant et Roberto Bordiga,  » Per la pace perpetua « , (Feltrinelli Editore, 2013), p. 47.

[10] Ben Rosamond, « Theories of European integration ». (Basingstoke : Palgrave Macmillan, 2010), p. 21.

[11] Richard Falk, « Revisiting Westphalia, Discovering Post-Westphalia », (Springer, 2002), Vol. 6, No 4, p. 312.

[12] Giuliana Laschi, « Storia dell’integrazione europea », (Firenze : Le Monnier Università, 2021), p. 13.

[13] Union européenne, « Déclaration Schuman », (mai 1950).

[14] Maria Grazia Melchionni, « Europa unita, sogno dei saggi », (Venezia : Marsilio, 2021), p. 233.

[15] « Ressources pour les plans Fouchet – Événements historiques dans le processus d’intégration européenne (1945-2014) », (site Web du CVCE).

[16] Andrew Moravcsik,  » De Gaulle entre le grain et la grandeur : The Political Economy of French EC Policy, 1958-1970″, (Journal of Cold War Studies, 2000), Vol. 2, No 3, p. 8.

[17] Roger Massip, « De Gaulle et l’Europe », (Paris : Flammarion, 1963), p. 147.

[18] Berstein in Andrew Moravcsik,  » De Gaulle entre grain et grandeur : The Political Economy of French EC Policy, 1958-1970″, (Journal of Cold War Studies, 2000), Vol. 2, No 3, p. 11.

[19] « Ressources pour les plans Fouchet – Événements historiques dans le processus d’intégration européenne (1945-2014) », (site Web du CVCE).

[20] Giuliana Laschi, « Storia dell’integrazione europea », (Firenze : Le Monnier Università, 2021), p. 81.

[21] Hungdah SU, « Jean Monnet’s Grand Design for Europe and its Criticism », (Journal of European Integration History, 2009), Vol. 15, No 2, p. 42.

[22] Stephen Keukeleire et Tom Delreux,  » La politique étrangère de l’Union européenne « , (3e édition, Bloomsbury, 2022), p. 168.

[23] « Déclaration 14 », (Journal officiel de l’Union européenne, 2016), C_2016202EN.01034301.xml., eur-lex.europa.eu.

[24] « Déclaration franco-britannique de Saint-Malo », (CVCE.EU, 1998), www.cvce.eu.

[25] « Clause de défense mutuelle », (article 42.7 du TUE).

[26] Spyros Economides et James Sperling, « Les stratégies de sécurité de l’UE : Extending the EU System of Security Governance », (Milton : Taylor and Francis, 2017) ; « European Security Strategy : Une Europe sûre dans un monde meilleur », « Conseil de l’Union européenne, 2009, sur https://www.consilium.europa.eu/media/30823/qc7809568enc.pdf).

[27] « Vision partagée, action commune : Une Europe plus forte Une stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité de l’Union européenne », (2016).

[28] Maciej Stepka, « Identifying Security Logics in the EU Policy Discourse : the ‘migration crisis’ and the EU », (S.L. : Springer Nature, 2022), p. 19.

[29] « Ressources pour la composition – organisations européennes », (site Internet du CVCE)

[30] EUR-Lex, « Critères d’adhésion (critères de Copenhague) » – (EN – EUR-Lex, eur-lex.europa.eu).

[31] « Programme d’action (CECA, Euratom, CEE) en matière d’environnement, 1973-1976 », (Europa.eu., CORDIS | Commission européenne, 2022).

[32] James Sperling, « Handbook of governance and security », (Cheltenham : Edward Elgar, 2014), p. 43.

[33] Levi-Faur in James Sperling,  » Handbook of governance and security « , (Cheltenham : Edward Elgar, 2014), p. 35.

[34] Ibid, p. 25.

[35] Ben Rosamond, « Theories of European integration ». (Basingstoke : Palgrave Macmillan, 2010), p. 110.

[36] Stephen Keukeleire et Tom Delreux, « The Foreign Policy of the European Union », (3e édition. Bloomsbury, 2022).

[37] Emil Kirchner et James Sperling, « EU security governance », (Manchester : Manchester University Press, 2014), p. 3.

[38] Ibid.

[39] Giuliana Laschi, « Storia dell’integrazione europea », (Firenze : Le Monnier Università, 2021), p. 195.

[40] Vincent Della Sala, « Narrating Europe : the EU’s ontological security dilemma », (European Security, 2018), Vol. 27, No 3, p. 270.

[41] Union européenne, « Déclaration Schuman », (mai 1950).

[42] Jennifer Mitzen, 2018).  » Feeling at Home in Europe : Migration, sécurité ontologique et psychologie politique des frontières de l’UE « , vol. 39, n° 6, p. 1376.

[43] Herz in Emil Kirchner et James Sperling, « EU security governance », (Manchester : Manchester University Press, 2014), p. 3.

[44] Michela Ceccorulli,  » Back to Schengen : the collective securitisation of the EU free-border area « , (West European Politics, 2018), Vol. 42, No 2, p. 314.

[45] Charlotte Wagnsson,  » NATO’s role in the Strategic Concept debate : Watchdog, fire-fighter, neighbour or seminar leader ? « , (Coopération et Conflit, 2011), Vol. 46, No 4, p. 482.

[46] Cottey in James Sperling, « Handbook of governance and security », (Cheltenham : Edward Elgar, 2014), p. 214.

[47] Charlotte Wagnsson, James Sperling et Jan Hallenberg, « European security governance : the European Union in a Westphalian world », (Londres : Routledge, 2013), p. 13.

[48] Conférence Dr. Thierry Tardy « L’approche de l’OTAN en matière d’opérations de paix et de consolidation de la paix ».

[49] Charlotte Wagnsson,  » NATO’s role in the Strategic Concept debate : Watchdog, fire-fighter, neighbour or seminar leader ? « , (Coopération et Conflit, 2011), Vol. 46, No 4, p. 285.

[50] Ibid. p. 484.

[51] Cottey in James Sperling, « Handbook of governance and security », (Cheltenham : Edward Elgar, 2014), p. 214.

[52] « Le Traité de l’Atlantique Nord », (OTAN, 1949).

[53] Helene Sjursen,  » On the identity of NATO « . (International Affairs, 2004), Vol. 80, No 4, p. 8.

[54] Conférence Dr. Thierry Tardy « L’approche de l’OTAN en matière d’opérations de paix et de consolidation de la paix ».

[55] Compas stratégique (2022).

[56] Union européenne, « Déclaration Schuman », (mai 1950).

[57] Compas stratégique (2022).

[58] Viktoria Akchurina et Vincent Della Sala,  » Russia, Europe and the Ontological Security Dilemma : Narrating the Emerging Eurasian Space « , (Europe-Asia Studies, 2018), Vol. 70, No 10, p. 1639.

[59] Ibid. p. 1941.

[60] Ibid.

[61] Ibid. p. 1646.

[62] Compas stratégique (2022), p. 14.

[63] Emil Kirchner et James Sperling, « EU security governance », (Manchester : Manchester University Press, 2014), p. 3.

[64] Thierry Tardy, « Les risques d’inadaptation de l’OTAN », (Sécurité européenne, 2020), Vol. 30, No 1, p. 32.

[65] Brent J. Steele et Alexandra Homolar,  » Ontological insecurities and the politics of contemporary populism « , (Cambridge Review of International Affairs, 2019), vol. 32, n° 3, p. 215.

[66] Michela Ceccorulli,  » Back to Schengen : the collective securitisation of the EU free-border area « , (West European Politics, 2018), Vol. 42, No 2, p. 311.

[67] Compas stratégique (2022), p. 6.

[68] Riccardo Perissich, « La boussole stratégique de l’Europe : Merits and Shortcomings », (Istituto Affari Internazionali, 2021), Vol. 21, No 2532-6570, p. 2.

[69] BBC,  » France’s Macron pushes for ‘true European army’ « , (BBC News, 2018).

[70] Sandro Knezović et Marco Esteves Lopes,  » The European army concept – an end-goal or a wake- up call for European security and defence ? « , (Eastern Journal of European Studies, 2020), vol. 11, n° 2, p. 345-346.

[71] Dave Keating, « Juncker calls for an EU army », (POLITICO, 2015).

[72] Maxwell Zhu, « Obstacles à la « véritable armée européenne » de Macron », (Harvard Political Review, 2020).

[73] « Discorso di Paolo Emilio Taviani (Genova, 13 Settembre 1952) », (CVCE, 2012).

[74] Ibid.

[75] Emil Kirchner et James Sperling, « EU security governance », (Manchester : Manchester University Press, 2014), p. 8.

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