Jean Monnet, notre source d’inspiration

Henri Malosse

Jean Monnet

9 mai 2022


Pour beaucoup, parmi celles et ceux qui s‘intéressent à l’histoire de l’intégration européenne, Jean Monnet aura été cet homme, qu’on imagine un brin austère, qui fut l’inspirateur de la construction de l’Europe démocratique, dénommée Union européenne aujourd’hui.

Son portrait figurait en bonne place à côté de celui du grand poète Goethe dans la petite classe d’allemand que je fréquentais dans mes années de lycée dans une petite ville des Pyrénées ariégeoises,

Il était pour moi, à cette époque d’adolescence, un grand Homme qui n’avait fait rien moins que réconcilier Français et Allemands, ce que j’admirais énormément !

Ce n’est que plus tard, en me liant d’amitié avec Pascal Fontaine, qui fut le dernier assistant de Jean Monnet, que j’en appris un peu plus sur ce personnage qui était bien plus que l’image du grand Européen, dévoué et infatigable, que nous en donne les livres d’histoire contemporaine,

Bien des facettes du personnage m’ont appris à le respecter et à m’en faire une source d’inspiration :

  • Un grand Homme d’action qui n’hésite pas à franchir mers et océans, de Cognac à Londres, de Varsovie à Bucarest,  de san Francisco à Shangaï,  d’Alger à Washington, toujours en route, aussi bien pour faire gagner la guerre aux Alliés, pour sauver la paix ou pour prodiguer des conseils sur les moyens de redresser les économies aux quatre coins du monde,  
  • Un homme de cœur qui n’hésita pas à devenir citoyen soviétique le temps de pouvoir épouser à Moscou la femme de sa vie, l’Italienne Silvia de Bondi
  • Un homme d’entreprises, qui arrêta ses études à 16 ans pour rejoindre la petite entreprise familiale avant, plus tard, de devenir un banquier américain..
  • Un homme politique au sens noble du terme, refusant l’opportunisme et la facilité, qui jusqu’à l’hiver de sa vie, et malgré les quolibets de l’intelligentsia parisienne narquoise, anima le « Comité d’action pour les Etats Unis d’Europe » car il estimait que son message n’avait pas été compris par les dirigeants européens qui ne faisaient que « coaliser des Etats au lieu d’unir les hommes »

Quelques points de référence à partir de ses actes et de ses pensées, ont guidé, en toute humilité, mon parcours de vie et mes engagements,

  • Le choix de vie de « faire avancer sa carrière plutôt que de faire avancer ses idées », qui fait que, souvent, on est à contre-courant des modes et sujet aux quolibets des bien-pensants et des conformistes qui placent toujours leurs intérêts avant leurs convictions. Comme disait l’ami américain de Jean Monnet, Dwight Morrow, il y a deux sortes d’hommes : « ceux qui veulent être quelqu’un et ceux qui veulent faire quelque chose ».
  • L’importance des « réalisations concrètes » car « l’Europe ne se fera pas d’un coup , ni dans une construction d’ensemble, elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait » .
  • La conviction que ce n’est que par des « initiatives hardies et inouïes » que l’on fera avancer réellement les choses.
  • « Convaincre les hommes de parler entre eux, c’est le plus qu’on puisse faire pour la paix », car le dialogue est le moyen de dépasser les préjugés et les ignorances mutuelles qui peuvent déboucher sur l’hostilité et les conflits.
  • La supériorité de la méthode « communautaire » sur la coopération ou la coordination inter-gouvernementale, le refus d’avoir un « fédérateur ou un moteur, fut-il franco-allemand », car c’est de la diversité des points de vue que peut naître l’harmonie et non pas de la victoire des uns sur les autres.

Ce sont ces enseignements qui m’ont aidé à forgé mes convictions et ont inspiré mes réactions à une actualité européenne faite de hauts et de bas, sans jamais tomber dans la frustrations ou l’indifférence,

En inspirant au milieu des années 1980 la création de guichets européens pour les entreprises (« Euroguichets », devenus Euro-info-Centres, puis aujourd’hui Europe Enterprise Network), j’ai eu l’intuition de l’importance d’une petite action concrète pour mettre à la portée des petites entreprises les règles du marché unique européen. Près de quarante ans plus tard, ce réseau n’a cessé de se développer au point d’être considéré comme exemplaire au service de l’intégration européenne.

C’est pourquoi, j’ai proposé, pour l’Association Jean Monnet rénovée en 2021, l’objectif d’une autre réalisation concrète qui me semble indispensable aujourd’hui :  la création d‘un corps européen de protection civile pour faire face aux catastrophes climatiques et autres situations d’urgence comme l’afflux de réfugiés ukrainiens à nos frontières.

Exaspéré par l’incapacité à faire l’Europe du concret et le recul de la méthode communautaire, j’ai co-écrit en 2009 avec mon ami Bruno Vever, pilier de l’Association Jean Monnet, un petit ouvrage intitulé « Il faut sauver le citoyen européen », allant à contre-courant d ‘une Europe de plus en plus marquée par l’inter-gouvernemental. En 2020, j’ai encore forcé le trait avec « le crépuscule des bureaucrates », en imaginant des simples citoyens qui veulent reconstruire une autre Europe sur les ruines d’une Union qui s’est fourvoyée,

Enfin, c’est en Européen exigeant que j’ai assumé la fonction de Président d’un organe institutionnel de l’Union européen, le Comité Economique et Social, n’hésitant jamais à faire entendre une voix discordante d’une société civile européen davantage soucieuse des peuples d’Europe que de l’intérêt des marchés financiers,

Jean Monnet quitta la Présidence du « Comité d’action des Etats Unis d’Europe » le 9 mai 1975 , tant pour des raisons de santé que parce qu’il estimait que ce Comité devait se remettre en question avec l’avènement du Conseil européen. Cependant, les dernières lignes de ses Mémoires, laissent transparaître un sentiment d’inachevé : «  Mais l’Europe tarde sur le chemin où elle s’est profondément engagée ».. Près de 40 années plus tard, on ne peut que faire écho à ses doutes : « Ai-je assez fait comprendre que la Communauté que nous avons crée n’a pas sa fin en elle-même ? »,

N’est-il pas temps de reprendre alors l’ambition du « Comité d’action pour les états Unis d’Europe » ?

Oui, Je pense qu’il est grand temps de le faire en effet !

Henri Malosse, Président de l’association

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